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Vivre la transition sereinement

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Quand tu quittes une maison et que tu n’as pas encore les clés de la prochaine, tu vis un peu en camping, tes affaires dans les valises, ta voiture ressemble à une caravane et tu ne te sens nulle part chez toi, partout un peu perdue. J’ai connu une période similaire il y a huit ans enceinte de mon second. Nous avions vendu notre maison pour aller vivre dans le Nord de l’Angleterre. Je suivais mon mari qui venait d’être muté par sa boîte. Quand l’occasion de retourner dans la ville où il avait été étudiant s’est présentée, il n’a pas hésité. En quelques semaines la maison été vendue, trois mois après je le rejoignais avec notre petite de 18 mois sous le bras, les cartons aussi . Nous nous apprêtions à commencer une nouvelle vie dans une jolie maison « very british » mais le boss de mon mari en avait décidé autrement… Je vous épargne les détails des événements qui ont suivi : avocat, arrêt de travail, menaces, négociations… Nous avons donc annulé inextremis l’achat de la maison en jolies briques rouges, nous n’avons pas défait les cartons et avons refermé les quelques uns éventrés dans la hâte. Ils sont partis en garde-meubles et avec eux notre innocence aussi. Je suis partie vivre chez mes beaux-parents tout l’été pendant que mon mari se bataillait… Je suis ensuite allée m’installer chez ma mère en attendant de trouver une solution, de savoir si je pouvais reprendre mon ancien job, en attendant que bébé 2 arrive… A cette époque, toute ma vie tenait dans mon coffre de Toyota et je n’en menais pas large. J’étais en transit, comme dit souvent mon mari entre deux avions, deux aéroport, deux missions… Je n’ai jamais été plus mal.

J’ai récupéré mon poste. Les trois années qui ont suivi n’ont pas été faciles, mon licenciement à mon tour n’a pas rendu la situation plus légère. Nous étions tous les deux sortis du « système ». Nous avons perdu des amis. Nous avons perdu notre humour. Je sais que mon fils en a souffert. Je sais que nous n’avons pas fait ce qu’il fallait pour lui comme pour sa soeur. Comment les protéger quand nous étions tous les deux exposés à des choix qu’on nous imposait ? Se sentir coupable, rendre l’autre coupable de ce qui arrivait. Contrairement à ce que certains ont pu penser à l’époque, nous n’avions pas choisi cette situation. Les décisions, nous les avons prises malgré nous. L’entreprise de mon mari n’a pas honoré toutes ses obligations à la sortie des négociations, mais il a préféré laissé tomber. Il avait besoin de tourner la page, il avait besoin de décider lui-même de ce qui allait suivre. Tanpis pour l’argent. J’ai eu du mal à comprendre cette réaction, surtout quand on a deux enfants à charge… Il pensait pourtant bien à eux, il pensait à l’état misérable dans lequel les événements l’avaient plongé. Il fallait passer à autre chose. Décider de changer. Enterrer le passé. Nous ne pouvions pas changé ce qui était fait.

C’est dans ce contexte que je me suis lancée en profitant de la nouveauté du statut d’auto-entrepreneur. J’ai saisi cette opportunité avant-même de savoir ce que je vendrais. Les idées sont venues bien assez nombreuses par la suite. Je savais que je ne ferais pas « rien ». Que je trouverais toujours une solution. Quand on vous a mis à terre, vous savez où le sol se trouve et qu’il n’y a pas plus bas. Pas tant que vous respirez. Beaucoup sont effrayés à l’idée d’un licenciement. La perte de la sécurité financière est ce qui prime à notre esprit. Il y a pourtant bien d’autres choses à y gagner. Des choses qui ne se comptent pas en euros. Il y a tout ce qu’on apprend, et apprendre c’est ce dont j’avais envie. Apprendre un autre métier, un différent de celui pour lequel j’avais fait des études. J’ai sans-doute eu beaucoup de chance en activant rapidement mon réseau, en réfléchissant à ce que je savais faire et ce que je pouvais offrir rapidement. J’ai surtout à l’époque essayé de donner du sens à mon parcours même si rien de logique ne ressortait, je sais qu’aujourd’hui toutes ces étapes sont cohérentes. Comme ma soeur me l’a rappelé récemment, je n’ai pas bien vécu cette période. Non, comme beaucoup de premières fois, elles sont chaotiques, effrayantes, éprouvantes et puis on finit heureusement par se relever, on sait désormais encaisser et on sait que le printemps toujours revient. Vivre une telle transition est une expérience qui laisse des traces et pourtant en ce début d’année j’ai pris la décision de fermer ma boutique pour faire autre chose. Quoi précisément je ne saurais vous dire, mais les idées s’organisent peu à peu et je prends le temps de les ordonner pour leur donner du sens. Je suis aussi plus forte aujourd’hui car le passé m’a prouvé que les transitions peuvent être bénéfiques, que de cette malheureuse aventure est né du positif et un troisième bébé surprise.

Perdre son emploi et créer son travail ne se fait pas du jour au lendemain. C’est dans ces moments de doute et de stress que les décisions les plus importantes doivent se prendre. Et nous voyons alors le temps comme notre principal ennemi, la deadline des dernières indemnités chômage dictent donc notre rétro-planning et nous empêche de prendre pleinement la mesure de ce que nous voulons vraiment. Les périodes de transition sont formatrices. Je comprends enfin le dicton que vous avez du entendre plus jeune : « les voyages forment la jeunesse ». Parce qu’être jeune (ado – jeune adulte), c’est avoir le temps, le temps de chercher, d’essayer, de se tromper, de recommencer. Entrer dans une période de transition, c’est revenir à cet état de questionnement, pendant lequel nous nous cherchions. Finalement, quand j’y repense, malgré la mort de mon père alors que j’avais 17 ans, j’ai passé de superbes années jusqu’à me poser avec mon mari (et enchaîner sur d’autres belles années). Je ne savais pas où j’allais, mais tout me semblait possible. J’étais confiante et optimiste. Je ne sais pas non plus à l’heure actuelle ce que je ferai de 2017 mais avec mes économies et mon activité de formatrice en école, je prends le temps de parcourir le champs des possibles.

Pour continuer sur ce thème, je vous recommande la lecture de cet article de Sylvaine Pascual, coach, sur le site BusinnesOféminin

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3 Commentaires

  • Reply Sarah - Les Plaisanteries

    Bravo pour ce bel article et merci de partager ces expériences avec nous ! Pas facile de nos jours de « lâcher la proie pour l’ombre ». On a des idées bien enracinées et tout ce qui va autour…

    8 février 2017 at 14 h 21 min
  • Reply anonyme

    Wouah ! ton article fait sacrément écho en moi ! Nous aussi (mon couple, mes enfants et moi) avons été mis à terre avec le même genre de profil que ton mari. Tellement dur que je suis tombée gravement malade par la suite. On s’est battu avec l’escroc et le monde professionnel, on s’est battu avec ma maladie. Ce fût tellement éprouvant. On a pris les choses en main. On a reconstruit. Mais 10 ans plus tard, on se rend compte qu’il y a des plaies qui ne se sont pas vraiment refermées. Alors on fait quoi ? On continue à avancer parce qu’on est des battants, ou on se fait face pour panser ces plaies au risque de tout faire exploser… on va dire : faire face en étant des battants sans tout faire exploser !!

    13 février 2017 at 11 h 18 min
    • Reply Sophie-Charlotte Chapman

      Merci pour ton témoignage, je crois que nous sommes beaucoup dans cette situation…

      13 février 2017 at 12 h 15 min

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