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Avoir confiance en sa créativité

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Pendant les dernières vacances, j’ai regardé ma grande apprendre à tricoter avec sa grand-mère. Elle s’est énervée plusieurs fois, comme je le faisais à son âge. Elle a rajouté des mailles, oublié d’autres, fait des trous, emmêlé sa pelote, laissé traîné son tricot dont le chat s’est vite saisi… Elle a fait toutes les erreurs qu’une débutante ferait et c’est ça qui était bien, qui construisait les bases de sa confiance en elle. Ce « self-confidence » dont parlent les anglais. Je l’avais déjà inscrite à un cours de couture de 3h qu’elle avait trouvé affreusement long et pourtant le résultat était étonnant : un beau petite tote bag tout parfait. Mais la couture ce n’est pas son truc à elle. Nous sommes allées à un atelier tricot à Rouen quelques jours après ses premiers essais et avec les conseils de l’animatrice, elle a pris confiance en elle et ne s’est plus arrêtée. Finir son premier bandeau de tête ne fut pas sans fierté. A peine terminé, elle s’est lancée dans la confection du suivant. Elle savait désormais qu’elle pouvait. Elle adore le théâtre et vient de se mettre au piano, une attirance pour la musique qui vient de son père et que je n’ai pas du tout. Il y a toute cette partie créative d’elle que je n’ai pas du moins pas la même. Parce que nous sommes tous créatifs, tous à notre propre manière, du moment qu’on nous laisse faire et expérimenter. Du moment que l’on ne nous sanctionne pas et qu’on ne nous arrête pas dans notre élan. Pendant un an, elle a pris des cours de dessin avec un professeur bienveillant, du genre à encourager et à guider. Et cette année un « NON » au dessin de sa poésie est venue contrarier son appétence pour le dessin et je n’arrive pas à lui sous-tirer un seul dessin depuis (même pour la naissance d’un petit cousin) : elle me répète que de toute façon, elle n’est pas bonne en dessin…. Si l’enfant doit apprendre à grandir avec des frustrations, je comprends désormais combien la sanction de ce « NON » peut s’avérer destructrice. L’enfant cristallise dans son esprit le jugement de l’adulte sur son travail et forge en lui la croyance qu’il n’est pas capable de… pas capable de mieux… pas autoriser à s’exprimer en quelques sortes puisque même des illustrations de poésie peuvent désormais être sanctionnées par la négation sans autres explications. Vous me direz qu’il est toujours possible d’en demander et de ne surtout pas en rester là… mais demander à comprendre cette notation, c’est quelque part remettre en question la capacité d’évaluation de l’enseignant et tout le monde ne sait pas forcément l’accepter, perdant ainsi de vue l’intérêt de l’enfant et du développement de son potentiel créatif, avorté dès la primaire.

Je me rappelle, petite, d’une visite au musée des Beaux-Arts de ma ville. L’enseignante nous avait expliqué devant une oeuvre de je ne sais quel peintre célèbre, qu’on ne devait pas dire si c’était beau ou moche, mais si cela nous plaisait ou si au contraire nous n’aimions pas. Elle avait ajouté : « c’est comme à la cantine, on ne dit pas si le plat est bon ou mauvais, on goûte, et on peut dire ensuite s’il on aime ou pas ». C’est une question de politesse et de respect envers celui qui l’a fait. C’était pour moi l’une de mes toutes premières leçons d’éducation en matière d’Art et de critique. J’avais le droit de dire ce que je pensais tout en respectant le travail de l’artiste. Je pouvais apprécier ou au contraire ne pas saisir. Mais voilà, serait-ce que seuls les artistes méritent ce traitement ? Ou doit-on se plier à la règle du bon vs mauvais ou encore du oui vs non réservée au reste du monde non-artiste ? Bien entendu, je ne suis pas de cette école là, je ne veux pas opposer car tout devrait être complémentaire ou dérivatif même, je ne suis pas non plus artiste et je ne prétends pas non plus avoir le talent de leur génie. Cependant, j’estime que la créativité ou encore l’expression de notre créativité appartient à chacun et nul n’a de droit de la critiquer, si ce n’est pour l’aider à la faire grandir. A nous faire grandir quelque soit notre âge. Se faire entendre à 35 ans « mais vous êtes très créative » alors que toute ma scolarité a été baignée du même qualificatif : « matheuse » et comprendre enfin que l’un n’empêche pas l’autre, que le manuel ne s’oppose pas à l’intellectuel, qu’il n’y a pas qu’une seule voie : scientifique, littéraire ou professionnelle. Que les « voies de garage » deviennent aujourd’hui les espoirs de reconversion d’adultes en mal de réalisation personnelle (lire cet article de la presse normande à ce sujet). Qu’il est possible de changer de voie tout en restant sur la bonne.

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2 Commentaires

  • Reply Sonia H

    Comme ça me parle … choisir de rester sur le chemin du  » normal » pour les autres … se restreindre aux pensées du commun… parce qu’on a un âge où toutes les questions ce bousculés où on a besoin de ce sentir compris et rassuré… l’âge où malheureusement peu de personne ont le pouvoir de nous orienter avec patience et compréhension et encore moins dans l’éducation nationale… où justement les métiers créatifs sont considérés comme des voies de garage… j’en ai tellement souffert je me suis censurée pour rentrer dans le moule de la  » normalité » et puis à 30 ans … on ce rend compte que c’est pas ça qu’on veut … on veut répondre au besoin de cette petite fille qui a été incomprise … on sait ce qu’on veut et on a le pouvoir pour l’imposer et ça au delà des préjugés ancrés depuis la plus tendre enfance dans la tête des autres proches ou connaissances 😉 J’ai eu des parents qui respectaient mon besoin de m’exprimer créativement mais qui ont toujours estimés que ce n’était qu’un passe temps … et que je ne pouvais pas faire autrement que des études longues pour garantir ma réussite professionnelle … ce que j’ai fais mais à 30 ans j’ai repris le chemin de ce qui me faisait vibrer le dessin

    2 mars 2017 at 9 h 50 min
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